Bakhita, Véronique Olmi

Enlevée à 7 ans dans son village du Darfour, au Soudan, la petite Bakhita perd tout, jusqu’à sa langue et son propre nom. Elle survit à l’esclavage où elle subit les violences les plus affreuses. Malgré cela une force invisible la pousse inlassablement. Dans l’inhumanité la plus totale, elle s’attache au plus faible et s’en fait la protectrice. Sa volonté de fer  la mène jusqu’en Italie où elle sera affranchie, 13 ans plus tard, au sein du couvent des sœurs canossiennes de Venise. Comment ne pas voir l’action de la Providence dans cet incroyable parcours ? Devenue religieuse, elle peut aimer et se donner sans contrainte. Marquée par la souffrance dans sa chair et son esprit, elle puise sa force en Dieu et témoigne d’une infinie grandeur d’âme.  

 

Ce récit est d’une grande beauté. L’écriture de Véronique Olmi s’y déploie tout en nuances pour décrire des situations parfois atroces. Non chrétienne, l’auteur écrit cette vie de sainte avec une honnêteté intellectuelle rare. Loin des préjugés habituels, elle s’efforce de rendre à Bakhita toute la force d’âme qui la caractérise. Le 1er octobre 2000, Jean-Paul ll béatifie Bakhita qu’il déclare aussi sainte patronne du Soudan.

 

23/08/20174

Ed. Albin Michel

 

22,90€

Les Bourgeois, Alice Ferney

Dans ce vaste roman, Alice Ferney conte l’histoire de la famille Bourgeois sur plusieurs générations. Bourgeois, c’est leur nom mais il désigne aussi un style de vie : une famille nombreuse (dix enfants), vivant dans l’aisance, une éducation chrétienne, des officiers, des avocats, des médecins … Dans ce récit fragmenté en journée, le lecteur va et vient dans le temps de 1919 à nos jours. Sur un siècle, on contemple l’Histoire et l’on constate à quel point les personnages sont façonnés par elle et par leur époque.

 

Dans un style captivant et avec des qualités d’historienne évidentes, Alice Ferney dresse une fresque historique et familiale passionnante. On regrette cependant les quelques jugements de valeurs, notamment lorsque l’auteur aborde l’époque contemporaine et les questions d’évolution des mœurs (maternité, pilule, contraception, avortement…) Avec cette a priori que le bourgeois reste captif d’une conduite imposée par son éducation et sa religion. 

Août 2017

Ed. Actes Sud

22€

L’Epicerie, Marie d’Hauthuille

 

 

 

Sophie, fraîchement mariée avec Yann, s’exile en Périgord pour trouver la maison de ses rêves. Dans le petit bourg de saint-Cybard, elle se sent irrésistiblement attirée par la devanture ancienne de la petite épicerie. Dès qu’elle y pénètre, stupeur, elle se trouve propulsée en 1952 ! Comment expliquer cette remontée dans le temps ? Sophie est bien décidée à percer le mystère … Un roman très agréable à lire ! Une belle ode au Périgord ! 

 

 

 

 

24/08/2017

Ed. Cyrano

17€

Étrangers et de passage, Michael D. O'Brien

Après son brillant thriller religieux Père Elijah, Michael D. O’Brien nous offre un nouveau roman non moins lumineux : Etrangers et de passage. Il s’agit du premier tome d’une trilogie qui relate l’histoire de la famille Delaney sur un siècle.

 

Anna Asthon, jeune anglaise brillante et cultivée, débarque en Colombie britannique, une région reculée du Canada, pour enseigner dans la minuscule école de Swiftcreek. Exilée loin de la civilisation, Anna combat beaucoup de peurs et n’a de cesse de rechercher la Vérité. Alors qu’elle se demande ce qu’elle fabrique sur ces terres sauvages, Anna épouse Stephen Delaney, un trappeur mystérieux à la force tranquille. En apparence tout les oppose. Lui, Irlandais, catholique, avare de mots et solide comme un roc ; elle, Anglaise, non croyante, à l’esprit fertile et cherchant désespérément à combler un grand vide intérieur. Et pourtant ils s’aiment d’un amour si fort que toutes les épreuves et le temps ne feront que fortifier leurs liens.

 

Ce roman d’une grande magnificence nous plonge dans les combats du quotidien et dans les méandres de l’esprit humain. Une grande profondeur spirituelle émane de ces pages. En mettant en scène des personnages très nuancés, l’auteur montre à quel point la vie n’est qu’une succession de choix : la lumière ou les ténèbres, la présence ou l’absence, la vérité ou le mensonge, le vide ou Dieu ?

 

29/06/2017

Ed. Salvator

23€

LE Club des vieux garçons, L.-H. de la Rochefoucauld

 

Dès les premières lignes du roman, François de Rupignac, jeune étudiant, se présente comme une espèce en voie de disparition. Héritier d’une grande famille de France, ce petit-fils de général tente de survivre au monde moderne. Avec  son ami Pierre, il forme le cercle des vieux garçons, à rebours de la société actuelle.

 

Dans un phrasé délicieux, Louis-Henri de La Rochefoucauld, évoque avec un humour décapant mais bienveillant, les traditions aristocratiques. On rit de bon cœur !

 

15/02/2017

Ed. Stock

20€

La mort s'invite à Pemberley, P. D. James

 

Rien ne semble devoir troubler la paix ancestrale du domaine de Pemberley. Les préparatifs du traditionnel bal d’automne vont bon train. Elizabeth Darcy gère les derniers détails de la réception. Pourtant, la veille de la fête, la jeune sœur d’Elizabeth, Lydia Wickham débarque en furie au château hurlant au meurtre. Une enquête démarre alors dans le bois voisin…

 

 

Dans son dernier roman policier, l’écrivain britannique Phyllis Dorothy James s'amuse à imaginer une suite à Orgueil et Préjugés. Nous ne sommes pas dans un roman de Jane Austen assurément, néanmoins  PD James ranime habilement les personnages de la légendaire Anglaise. L’énigme policière fonctionne bien même si elle n’a rien de très effrayant ! En somme, on se laisse volontiers emporter dans cette intrigue menée avec légèreté et délicatesse.

 

30/05/2012

Ed. Fayard

22€

Les Caprices de Miss Bennett, P. G. Wodehouse

 

A peine remis d’une peine de cœur le jeune poète Eustache Hignett s’embarque pour retourner en Angleterre. Son cousin, l’athlétique Sam Marlowe, partage sa cabine. Alors qu’Eustache est à ce point malade qu’il ne peut quitter sa couchette, Sam, sur le pont, tombe sous le charme de la splendide Miss Bennett. Il ne tarde pas à apprendre qu’il s’agit de l’ex fiancée d’Eustache.  Dès lors, un véritable vaudeville se joue sous les yeux amusés du lecteur : situations rocambolesques, ironie, quiproquos … on se régale et on s’amuse des  tribulations de nos personnages en quête d’amour !

 

 

1920, réédition 2014

Ed. Belles Lettres

13,50€

La Femme pauvre, Léon Bloy

C’est un roman dur mais somptueux que nous livre Léon Bloy. Les spécialistes aiment à dire qu’il s’agit de son œuvre la plus aboutie. Les pages de ce long roman empli de mysticisme montrent la foi dans tout ce qu’elle a de plus ascétique. Clotilde maréchal, issue de la bourgeoisie ouvrière, grandit dans un milieu hostile. Objet de toutes les misères, elle montre cependant une incomparable grandeur d’âme. Élevée entre une mère aux mœurs douteuses et son amant ignoble et soûlard, Isidore Chapuis, Clotilde évolue guidée par la Providence. Sa rencontre avec le peintre Gacougnol va l’extirper un moment de ce gouffre. Mais alors qu’elle semble avoir trouvé le bonheur, Clotilde s’aperçoit que sa vie ne doit être qu’un continuel dépouillement. Et l’absolue pauvreté se dessine pour elle comme le seul chemin de sainteté.

 

Le lecteur se trouve envoûté par la poésie de ces pages. Les mots, les sonorités, les rythmes, les images le transportent dans le quotidien des personnages. La richesse du langage est époustouflante. Parfois cru et ignoblement réaliste, l’auteur nous plonge dans les plus basses misères humaines. Au contraire, des lignes d’une grande noblesse traduisent l’inépuisable droiture de Clotilde. Le thème du feu, symbole de l’Amour, habite l’écriture de Bloy. Beaucoup de digressions, des touches d’humour sarcastiques, un grand nombre de références en tout genre peuplent encore cette somptueuse œuvre littéraire.

 

 

1897, réédition présente 2004

Ed. La Part Commune

18€

Le Blé qui lève, René Bazin

Depuis plus de quatre siècles, le domaine de Fonteneilles appartient à la famille de Meximieu. Le jeune comte Michel de Meximieu reprend avec amour l’administration de la terre familiale. Mais il se heurte à une société en pleine mutation. L’agriculture se modernise, les premières machines apparaissent. De même, l’esprit féodal qui animait autrefois les campagnes de la Nièvre est bouleversé. Les riches propriétaires deviennent la cible d’ouvriers avides de changement. L’Internationale retentit au cœur de la forêt de Tronçay. Dans les bois de monsieur de Meximieu couvent un vent de révolte. Quelques extrémistes prennent la tête des syndicats et se montrent très hostiles envers tous ceux qui possèdent la richesse.

 

On s’aperçoit vite que la division vient de l’absence de Dieu. Comment combler ce vide et cette ignorance sinon par la violence et la colère ? Au cœur de la tourmente s’élèvent des âmes fortes : celles du comte Michel de Meximieu et celle de Gilbert Cloquet, fidèle ouvrier de la première heure. Le noble et le paysan se trouvent liés par leur droiture de cœur. Le lecteur suit le chemin chaotique de Gilbert Cloquet. Cet humble bûcheron a passé sa vie au service de riches propriétaires. Son honnêteté est reconnue par tous. Il n’adhère pas à la révolte pour lui injustifiée. Il y a ceux qui possèdent la terre, et ceux qui la travaillent. Chacun trouve sa richesse de façon différente. Alors que la vie dissolue et misérable de sa fille lui cause la plus grande honte, Gilbert Cloquet abandonne tout pour commencer une nouvelle vie. Va-t-il succomber au vide et à la mort ou bien décidera-t-il de mettre son espoir en Celui qui peut tout?

 

NB : La seule réédition existante semble être celle des éditions Marivole en 2013. Malheureusement le texte d’origine est truffé de fautes de frappe et cela gêne la lecture. Vous pouvez sinon vous procurer une ancienne édition via des sites d’occasion. 

 

1907, réédition 2013

Ed. Marivole

17,10€

Un prêtre marié, Barbey d'Aurevilly

Un prêtre marié, un titre étonnant, mais qui cache pourtant un véritable joyau de littérature française. Ce roman bouleversant conte l’histoire de Jean Gourgue dit Sombreval,  un prêtre apostat préférant  la science au sacerdoce, durant la Révolution française. Sa femme, bonne chrétienne, meurt en apprenant le passé de son mari. Calixte, frêle enfant du malheur, nait de cette union. Après plusieurs années d’exil à Paris, l’abbé Sombreval revient vivre dans sa Normandie natale. La population voit d’un mauvais œil le retour effronté de ce curé « défroqué » et de « la fille au prêtre ». Malgré les commérages, Néél de Néhou, jeune aristocrate au cœur chevaleresque tombe follement amoureux de la douce Calixte.

 

C’est une véritable pièce de théâtre qui se joue sous nos yeux. La Normandie natale de l’auteur sert de décor.  Il peint à merveille les paysages, les coutumes, le poids des ragots et de la superstition. Les personnages, tragiques, évoluent dans une atmosphère religieuse. Les saints abbés Hugon et Méautis contrebalancent le machiavélisme de l’abbé Sombreval. La vieille et bonne Malgaigne vit d’une foi solide bien que peuplée de visions et de prophéties. Le fougueux Néél, polonais par sa mère, porte ancré en lui la religiosité de ses ancêtres. Calixte figure la sainte du roman. Toute sa faible vie tend à expier les fautes de son père bien-aimé. Seuls, passionnés, angoissés sur cette terre, la mort semble être la seul issue du trio infernal que forment Sombreval, Calixte et Néel. Ce drame littéraire élève l’âme. La force des personnages est étonnante. La magnificence de la langue nous transporte. Toutes ces lignes semblent chanter la gloire de Dieu.

 

1865

Ed. Gallimard

9,20€

 

L'ermite de Tombelaine, C. de Calan

Tiphaine, l’ancienne bonne de curé, est la narratrice omnisciente de cette histoire. Elle raconte la vie du village fictif de Saint-Clair-des-Champs, situé entre terre et mer près d’Avranches et du Mont-Saint Michel. Tout oppose Guillaume Pesnel, un solide petit garçon entouré de l’affection de ses parents et le frêle Clément Levaquier, « l’enfant de haie » de la Marie. Pourtant dès leur plus âge un lien indéfectible les unit. Alors que Guillaume est très tôt appelé au sacerdoce Clément peine à trouver sa voie. Le suicide d’une jeune amoureuse éconduite va bouleverser son destin. Il s’exile pour vivre en ermite sur le rocher de Tombelaine dans la baie du Mont-saint-Michel.

 

Enfin un roman remarquable ! À la fois spirituelle et ordinaire, L’Ermite de Tombelaine est une histoire humaine banale marquée de joies et de drames.  Avec une écriture simple et efficace Claude de Calan brosse deux portraits : celui du prêtre de paroisse et celui de l’ermite. Il s’interroge sur leurs difficultés, celles du prêtre de paroisse regrettant de n’être dans l’action de grâce permanente et celles de l’ermite jugé inutile par ses contemporains. Dans ce court récit, Claude de Calan, ranime le centre d’un petit village rural de Normandie et ressuscite la figure oubliée du curé de campagne.

 

03/02/2016

Ed. Albin Michel

15€

Les promesses du ciel et de la terre, Claude Michelet

Quelques années après sa superbe tétralogie Des Grives aux loups, Claude Michelet écrit une trilogie non moins passionnante. Le premier tome s’intitule Les promesses du ciel et de la terre le deuxième tome Pour un arpent de terre et le troisième Le Grand sillon.

 

Martial Castagnier et Antoine Leyrac quittent la France pour faire fortune au Chili. Sur cette vaste terre pleine de promesses, les deux amis réalisent leurs rêves les plus fous. Du colportage à la fondation de leur propre société, ils bâtissent une florissante affaire. Leurs femmes, Rosemonde et Pauline, lancent La Maison de France qui propose les derniers raffinements venus d’Europe : étoffes précieuses, vins fins et mets délicats.  

 

Sous la plume remarquable de Claude Michelet nous découvrons l’énorme potentiel encore inexploité de ces grands espaces chiliens. L’auteur décrit à merveille la fougue du jeune quatuor contre l'hostilité de cette terre mouvante d’Amérique latine. Progressivement l’enthousiasme des premiers jours s’amenuise. La lassitude et l’inconfort font regretter la douceur du pays bien-aimé, la France. Les romans de Claude Michelet fourmillent de connaissances précises sur le Chili, l'agriculture, le commerce de l'époque, le chantier du canal de Panama… Le lecteur apprend une multitude de choses. Enfin, l'âme du paysan corrézien de l’auteur est manifeste dans cette ode à la terre.

 

De 1985 à 1988

Ed. Robert Laffont

9,99€

La Fille de l'hiver, Eowyn Ivey

 

Suite à la mort de leur bébé, Mabel et Jack s’exilent en Alaska pour oublier leur douleur. Mais sur cette terre à l’hiver d’une rudesse indescriptible, le couple étouffe à petit feu. L’amitié des Benson et la rencontre mystérieuse avec une petite fille façonnée dans la neige vont les sauver du chagrin.

 

L’Alaska est le théâtre de ce roman teinté de mélancolie. L’auteur dépeint remarquablement cette région où dès le printemps les habitants se préparent pour survivre à l’hiver suivant : réserve de bois, chasse à l’élan, confection d’habits en peaux, récoltes de baies de canneberges et autres délices de la nature.

 

Inutile de chercher le réalisme dans ces pages.  Inspiré d’un conte russe, on ne cesse d’osciller entre réalité et merveilleux. Qui est vraiment cette petite fille ? D’où vient-elle ? Comment parvient-elle à survivre dans l’hiver glacial ? Pourrait-elle remplacer cet enfant que Mabel et Jack ont perdu ? Autant de questions qui tiennent le lecteur en haleine jusqu’au point final.

 

05/12/2013

Ed. 10/18

8,40€

L'Hôte du Pape, Vladimir Volkoff

Cette pièce de théâtre nous provient de Vladimir Volkoff, auteur français d'origine russe (qui a eu le bon goût de finir ses jours en Périgord). L'oeuvre met en scène deux personnages, le pape et un archevêque russe. Le premier s'inspire du pontificat de Jean-Paul Ier, l'autre de l'archevêque Nicodème de Leningrad.

 

Volkoff déploie ses thèmes de prédilection : l'espionnage et les épouvantables manœuvres des services secrets du KGB, l'évocation de la Russie : celle des tsars et celle de Lénine, la spirituelle et la communiste, la dissension entre catholicisme et orthodoxie et entre Slaves et Occidentaux. Avec prestance, le pape et l'archevêque incarnent ces oppositions. Volkoff stigmatise les divergences de ces deux hommes mais il montre aussi à quel point ils sont proches dans leur humanité. 

 

2004, réédition 2006

Ed. du Rocher

16€

 

Le Grand Feu, Jeanne Bourin

Le Grand feu raconte l’histoire d’un grand amour entre Bernold, maître verrier et la douce Isambour brodeuse sur toile. Après avoir sauvé la jeune demoiselle des flammes du château de Freteval, Bernold enlève Isambour promise à un autre pour l’épouser et s’installer à Blois. Le bonheur conjugal de ces deux êtres est parfait, jusqu’au jour où la faiblesse humaine vient rompre la paix du foyer.

 

Avec une plume superbe, Jeanne Bourin plonge son lecteur dans la société féodale du début du XIIème siècle. Elle décrit à merveille une époque en mutation sans oublier d’inscrire son roman dans l’Histoire avec un grand H. La princesse Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, vient de s’installer à Blois et introduit un nouvel art de vivre. Tour à tour le lecteur découvre les habitudes alimentaires rythmées par les saisons, l’omniprésence de la foi chrétienne et un attachement sincère de la population à la pratique religieuse, l’artisanat, des tailleurs de pierre aux souffleurs de verre et aussi la dureté de la vie quotidienne avec ses morts infantiles, ses épidémies et ses périodes de famines. 

 

Les personnages sont extrêmement attachants. Ils sont pleins de valeurs chevaleresques sans être surfaits. Car ils sont très humains et chacun d’eux représente bien le combat du vice et de la vertu. La chute du roman est bouleversante. Vous ne sauriez être déçus par la magnificence de ces pages et l’art d’écrire de Jeanne Bourin. L’auteur a reçu pour ce roman le grand prix catholique de littérature en 1986.

 

1985

Ed. Gallimard

8,50€

La Nuit de feu, Eric-Emmanuel Schmitt

Dans ce nouveau roman Eric-Emmanuel Schmitt révèle l’expérience mystique qu’il a vécue à 28 ans au cœur du Hoggar, dans le Sahara algérien. Avec un style plaisant, l’auteur décrit son périple. Guidé par un Touareg, le jeune écrivain découvre l’endroit où vécut Charles de Foucauld. Au cours d’une escapade, il s’égare ; Seul, il doit affronter le soir tombant sur le désert. C’est alors que l’auteur vit sa nuit de feu, expression empruntée à Pascal. Cette expérience va transformer, raconte-t-il, le reste de son existence.

 

Que le lecteur se détrompe s’il pense trouver ici le récit d’une conversion radicale de l’auteur au catholicisme. En effet, s’il nomme « Dieu » cette rencontre, il n’en demeure pas moins agnostique. Pour lui, point de dogmes, point d’institutions, il a reçu la grâce, il a rencontré l’Absolu et cela lui suffit. L’auteur assure avoir la foi. Telle une force qui l’anime chaque instant, elle le rassure et engendre l’optimisme présent dans ses romans. Pour la première fois, Eric-Emmanuel Schmitt confesse cette rencontre indicible. Dans un style contemporain et peu mystique il dévoile avec aisance son intimité spirituelle. Si la réflexion livrée en fin de roman est peu orthodoxe, l’auteur nous offre malgré tout un agréable moment de lecture.

 

Septembre 2015

Ed. Albin Michel

16€

La colline aux gentianes, Elizabeth Goudge

Le nom d’Elizabeth Goudge évoquera certainement quelques bons souvenirs à vos grand-mères ! Cette romancière anglaise du XXème siècle a produit un grand nombre de romans délicieux. Les inconditionnelles des sœurs Brontë ou de Jane Austen en seront enchantées !

 

Elizabeth Goudge construit son roman autour de la légende de la Chapelle Saint-Michel. Anthony Louis Marie O’Connell, quinze ans, est midship sur un bateau de malheur. Exaspéré par les mauvais traitements qu’il subit, le jeune marin déserte la frégate maudite. Il accoste à Torquay, ville anglaise située dans le comté du Devon, où il tente d’oublier sa peur coutumière. Il prend alors le nom de Zachary. Après maintes pérégrinations, il trouve enfin la chaleur d’un foyer. Un soir de pleine lune, à la ferme de Weekaborough, il rencontre la malicieuse petite Stella, douze ans. Entre ces deux êtres un lien indicible se tisse.

 

Comment ne pas tomber sous le charme de ce roman ? La fraîcheur de ses lignes est un pur bonheur. On y trouve une campagne anglaise merveilleusement décrite, la chaleur d’un foyer familial et de ses traditions, l’évocation poétique et enfantine du Petit peuple, elfes, fées et gobelins, la présence tantôt menaçante tantôt apaisante de la mer, la beauté et la pureté des personnages et de leur relation et enfin l’inébranlable chapelle Saint-Michel, refuge des âmes. Après presque un siècle d’existence le roman d’Elizabeth Goudge demeure toujours aussi vivant ; preuve supplémentaire de son inestimable valeur.

 

19/12/2012

Ed. Libretto

12,80€

L’Éveil de Mademoiselle Prim, N.Sanmartin Fenollera

Vous avez peut-être déjà aperçu depuis le mois de juin des piles de cet appétissant petit roman dans vos librairies !

 

Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle.Titulaires de diplômes s’abstenir.

 

Une annonce pour le moins atypique et à laquelle Prudence Prim ne correspond pas du tout. Bien qu’elle soit couverte de diplômes, elle entreprend l’aventure avec la ferme intention de couper avec sa vie d’antan. Ce voyage la conduit à Saint-Irénée d’Arnois, un charmant village perdu au milieu de nulle part. Elle  rencontre alors celui qui durant tout le roman sera appelé « l’homme au fauteuil ». Il n’est autre que son employeur, un gentleman loufoque et cultivé auquel elle ne demeurera pas insensible. Grande partisane de la modernité, elle commence par juger archaïques les us et coutumes de Saint-Irénée. Mais Mademoiselle Prim y découvre un style de vie simple et paisible. Dès lors mûrit en elle un désir de recherche intérieure. 

 

Les personnages, à travers le style délicieux de l’auteur, ont entre eux des conversations passionnantes et vraies. L’évocation de la  littérature anglo-saxonne avec Jane Austen et Les Quatre filles du Docteur March ajoute de la saveur à l’ouvrage. Les habitants de Saint-Irénée ne se retrouvent jamais sans partager thés et biscuits savoureux autour d’un bon feu de cheminée. L’atmosphère chaleureuse de Saint-Irénée d’Arnois fait que, comme Mademoiselle Prim, on s’y sent bien. Le plus dans ce roman, c’est sa dimension spirituelle. L’abbaye bénédictine qui surplombe Saint-Irénée est comme le guide et l’âme du petit village. C’est à travers elle en partie que s’accomplit l’éveil de la jeune bibliothécaire. Et dans les dernières pages du roman c’est à Norcia, berceau de saint Benoit, que Prudence Prim semble renaitre à la vie.

 

Des lignes d’une infinie sagesse et d’une exquise poésie ! Une hymne à la joie, à la vie et à l’espérance…

Une excellente critique du roman sur le site de Famille Chrétienne à découvrir ici.

 

18/06/2015

Ed. Pocket

7,30€

Moonfleet, J. M. Falkner

« Une haute et profonde aventure où se rencontrent une météorologie orageuse et un dédale de souterrains ténébreux. Le lecteur se sent emporté dans le ciel et inhumé dans les grottes les plus sombres de l’âme humaine » dirait Michel Tournier.

 

 

Ignoré pendant près d’un siècle par le lectorat français, Moonfleet est aux côtés de l’Ile au Trésor le roman d’aventure par excellence. Ce joyau d’expression anglaise nous plonge dans un univers fabuleux de brume et de mystère. Dans le village marin de Moonfleet, le jeune John Trenchard connaît une enfance paisible. Il affectionne ces lieux familiers : l’immuable  auberge du Pourquoi pas, tenue par le taciturne Elzevir Block, l’église et son bon pasteur M. Glennie, le cimetière plein de sombres légendes et le manoir de la belle Grace Maskew. C’est dans ces paysages sains et revigorants qu’une interminable chasse au trésor digne des contes des Mille et une nuits prend sa source.

 

La traduction est remarquable, comme c’est souvent le cas pour les ouvrages des éditions Phébus, si bien que l’on dévore littéralement cette histoire. L’intrigue nous tient en haleine jusqu’au point final. Entre la recherche d’un trésor, les trafics des contrebandiers et les grottes peu hospitalières, le lecteur n’a pas une minute à perdre. L’auteur campe des personnages forts. Tous sont diablement humains dans les sentiments qui les habitent : le courage, la force, la fidélité mais aussi la soif de vengeance, le désespoir et l’attrait de la richesse. Bref, un roman captivant, accessible dès 15 ans jusqu’à 77 ans …

 

 

1898, réédition 03/07/2012

Ed. Phébus

9,70€

pêcheur d'islande, Pierre Loti

L’œuvre toute entière de Pierre Loti, écrivain- voyageur, porte la marque de l’exotisme. Pourtant, Pécheur d’Islande échappe à la règle et se concentre sur une fresque de la vie paimpolaise. Le roman raconte l’histoire des « islandais », ces vigoureux pécheurs bretons partis en mer d’Islande pour leur campagne annuelle. Loti évoque avec poésie la simplicité du quotidien de ces hommes et de leurs proches. Avec délicatesse, il décrit la patience des femmes éprouvées et vivant dans l’angoisse de ne pas voir revenir un frère, un fils ou un mari. Mais Pécheur d’Islande est avant tout un roman de la mer. La mer est un personnage à part entière, elle est à la fois fascinante et dangereuse. Elle agit comme si tous ces « islandais » étaient siens. Chaque année, elle ajoute aux murs froids des églises de granit de nouveaux ex-voto. Loti insinue la mort à chacune de ces pages où la mer joue le rôle de la grande faucheuse.

 

Pécheur d’Islande est aussi une histoire d’amour entre Gaud Mével et Yann Gaos. Gaud est une jolie demoiselle revenue vivre au pays de Paimpol avec son père. Yann est un de ces « islandais » rudes et bien bâtis. C’est le jour du bal du Pardon des Islandais que la jeune fille tombe sous le charme de ce Yann un peu sauvage. Toute la soirée il la courtise ouvertement puis feint de l’ignorer durant les mois qui suivent. C’est que Yann est amoureux de la mer à laquelle il a promis fidélité : « Moi !... Un de ces jours, oui, je ferai mes noces […] mais avec aucune filles du pays ; non, moi, ce sera avec la mer, et je vous invite tous ici tant que vous êtes, au bal que je donnerai… » Subitement Gaud devient orpheline. Au même moment sa grande tante perd à la guerre du Tonkin son dernier petit-fils, Sylvestre, meilleur ami de Yann et protégé de Gaud. La jeune fille s’installe alors avec la vieille femme dans une petite bicoque sur la lande venteuse de Ploubazlanec.

 

Alors que Gaud désespère de voir son amour devenir réalité, Yann dévoile enfin ses sentiments. Le temps alors se précipite, Yann fait sa cour, il faut faire vite avant le prochain départ en mer. Gaud et Yann vivent les jours les plus heureux de leurs vies. Mais la mer, promise trompée, saura-t-elle rester clémente ?  Alors que Yann embarque à bord de la Léopoldine, la mer seule, toute puissante,  décidera de son sort !

 

1886

Ed. Flammarion

5,40€